Kinshasa, 2 juin 2026 – Alors que l’opposition congolaise maintient son appel à une journée « ville morte » le 3 juin pour protester contre ce qu’elle considère comme une dérive constitutionnelle du régime de Félix Tshisekedi, une publication du cadre de l’Union sacrée et ancien ministre Steve Mbikayi suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux.
Dans un message publié sur X, Steve Mbikayi a tenté de discréditer l’initiative de l’opposition en s’interrogeant : « Pourquoi ne pas manifester d’abord pour réclamer l’électricité, l’eau potable, la salubrité de la ville, des emplois pour les jeunes ? ».
Une sortie qui, loin de fragiliser l’opposition, semble lui offrir un argument inattendu.
Un réquisitoire contre son propre camp ?
En voulant détourner l’attention de la mobilisation du 3 juin, Steve Mbikayi a involontairement dressé la liste de plusieurs problèmes majeurs auxquels les Congolais restent confrontés : déficit d’électricité, pénurie d’eau potable, insalubrité urbaine et chômage des jeunes.
Pour plusieurs observateurs, cette intervention constitue davantage un constat d’échec du pouvoir qu’une critique de l’opposition. En effet, l’Union sacrée dirige le pays depuis plusieurs années et ces secteurs relèvent directement de la responsabilité gouvernementale.La réponse de l’analyste politique Anderson M. Tshilumba n’a d’ailleurs pas tardé. « Vous venez de dresser vous-même le bilan de votre régime », a-t-il répliqué, estimant que les problèmes énumérés par Steve Mbikayi constituent précisément les raisons pour lesquelles une partie de la population exprime son mécontentement.
Une opposition confortée dans son discours
Depuis plusieurs semaines, les leaders de la coalition C64 justifient leur mobilisation par ce qu’ils qualifient de mauvaises priorités du pouvoir. Selon eux, alors que le pays fait face à des défis sécuritaires, économiques et sociaux importants, le débat sur la loi référendaire et la révision constitutionnelle détournerait l’attention des véritables préoccupations de la population.
Dans ce contexte, l’argument avancé par Steve Mbikayi semble renforcer le discours de ses adversaires. Car si les problèmes qu’il cite existent réellement, ils constituent autant de griefs que l’opposition peut désormais utiliser pour justifier sa contestation du régime.
Une communication politiquement risquée
Cette séquence illustre les difficultés de communication auxquelles est confrontée la majorité présidentielle dans le bras de fer qui l’oppose à l’opposition autour de la journée du 3 juin. D’un côté, les responsables du pouvoir cherchent à minimiser l’impact de la ville morte ; de l’autre, certains de leurs porte-parole reconnaissent implicitement l’existence de défaillances dans des secteurs essentiels de la vie quotidienne.
Au final, la question soulevée par Steve Mbikayi pourrait se retourner contre son propre camp : si les Congolais manquent effectivement d’électricité, d’eau potable, d’emplois et vivent dans des villes insalubres, pourquoi ces problèmes persistent-ils après plusieurs années de gouvernance de l’Union sacrée ?
Une interrogation qui risque d’alimenter davantage le débat politique à la veille d’une journée du 3 juin qui s’annonce décisive dans le rapport de force entre majorité et opposition.





