Kinshasa, le 8 décembre 2025 — La Société Civile du Congo (SOCICO), par le biais de sa Coordination nationale, a adressé une correspondance officielle au Président des États-Unis d’Amérique afin d’exprimer ses préoccupations et ses attentes concernant le récent accord de paix signé entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda à Washington.
Dans cette lettre, également transmise pour information aux présidents de la RDC, de la Chine et de l’Afrique du Sud, la SOCICO reconnaît les efforts américains pour favoriser le retour de la paix à l’Est de la RDC. L’organisation salue un « pas significatif » qui pourrait ouvrir la voie à une « région des Grands Lacs plus stable et plus intégrée ».
Une paix encore fragile malgré les accords
Malgré les initiatives régionales déjà menées dans le passé — notamment l’Accord-cadre d’Addis-Abeba ou les engagements de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de l’Union africaine — la SOCICO rappelle que la réalité sur le terrain demeure dramatique.
Le document souligne que, depuis plus de trente ans, la RDC continue de traverser « une crise humanitaire sans précédent », marquée par plus de dix millions de morts, des villages dévastés et des populations contraintes de fuir dans des conditions inhumaines.
La SOCICO déplore une exclusion des acteurs essentiels
Le cœur de la préoccupation exprimée par la Société civile réside dans l’absence de participation des acteurs congolais clés dans les discussions qui ont conduit aux Accords de Washington.
« Une grande partie des composantes essentielles de la population congolaise a été exclue », déplore la lettre. Parmi ces acteurs, la SOCICO cite :
- la Société civile organisée,
- les chefs coutumiers,
- les leaders religieux,
- la diaspora congolaise,
- les groupes d’auto-défense communautaires,
- ainsi que d’autres forces vives engagées sur le terrain.
Pour la SOCICO, ces catégories représentent « les véritables exécutants naturels de toute initiative de paix » et leur absence fragilise la légitimité du processus engagé.
L’organisation s’inquiète également de l’absence d’autres puissances régionales majeures, notamment la Chine et l’Afrique du Sud, dont l’implication est jugée indispensable à l’équilibre géopolitique du processus.
Justice, réparation et réconciliation : les conditions d’une paix durable
Dans sa correspondance, la SOCICO réaffirme que toute démarche de paix en RDC doit placer au centre la justice, la reconnaissance des victimes, la réparation, ainsi qu’un véritable processus de pardon et de réconciliation nationale.
« Une paix durable ne peut être bâtie sans répondre d’abord aux aspirations légitimes des populations affectées », insiste le document.
Un appel direct à Washington
La Société civile congolaise sollicite donc l’implication personnelle du Président des États-Unis pour élargir le cadre des discussions à toutes les forces essentielles congolaises, dans une approche « réellement inclusive, régionale et globale ».
Elle met également en garde :
« Tout accord conclu sans la participation de la Société civile congolaise ne saurait engager cette dernière. »
Une prise de position ferme
Signée par Pontien Nyembo, président national de la SOCICO, la lettre se veut à la fois un appel, un avertissement et un rappel du rôle incontournable de la Société civile dans tout processus de paix crédible en RDC.
Alors que les Accords de Washington suscitent espoirs et interrogations, la SOCICO insiste : sans inclusion, sans justice et sans consultation des acteurs nationaux, aucune paix ne peut être durable.






