Le président d’Ensemble pour la République, Moïse Katumbi, a officiellement apporté son soutien à la journée « ville morte » décrétée par une frange de l’opposition pour ce mercredi 3 juin. Dans une déclaration vidéo diffusée mardi soir, l’ancien gouverneur du Katanga a appelé la population à observer scrupuleusement ce mot d’ordre, destiné à protester contre le projet de modification de la Constitution porté par le président Félix Tshisekedi.
« Les Américains n’ont pas dit que la Constitution doit être changée », a lancé Moïse Katumbi, dans une pique à peine voilée adressée au pouvoir. Une manière de contester le narratif entretenu par le camp présidentiel, qui présente souvent ses réformes comme soutenues par les partenaires occidentaux. Pour l’opposant, il s’agit au contraire de démontrer que la légitimité d’une telle manœuvre ne saurait venir de l’étranger, mais bien du peuple congolais.
Sur le terrain, la mobilisation se veut discrète mais méthodique. Depuis plusieurs jours, les militants d’Ensemble pour la République sillonnent les quartiers de Kinshasa en porte-à-porte. Leur message est clair : aucune activité ne sera organisée ce mercredi, et les parents sont invités à garder leurs enfants à la maison. « Nous voulons une journée sans école, sans commerce, sans transports, pour montrer au pouvoir que le peuple dit non à la modification de la Constitution », explique un cadre du parti, joint par téléphone.
Cette journée « ville morte » s’inscrit dans un calendrier de contestation plus large, alors que plusieurs figures de l’opposition – dont Martin Fayulu et Delly Sesanga – ont également exprimé leur rejet du projet de révision constitutionnelle. Le camp Tshisekedi, de son côté, continue d’avancer que la refonte de la loi fondamentale vise à adapter le pays aux défis actuels, sans pour autant préciser les articles visés.
À la veille de l’échéance, l’incertitude règne sur l’ampleur réelle du mouvement. Les autorités n’ont pour l’heure émis aucune interdiction formelle, mais les forces de l’ordre pourraient être déployées dans les grandes agglomérations. Les Kinois, habitués à ce type de mots d’ordre, oscillent entre lassitude et colère sourde. Dans les marchés, certains commerçants promettent de baisser leurs rideaux, quand d’autres, par nécessité, prévoient de travailler malgré l’appel à la paralysie.
« On ne change pas les règles du jeu en cours de partie. Que Tshisekedi écoute la rue, sinon il va nous pousser à bout », résume un vendeur de cartes SIM du quartier Matonge, qui assure qu’il restera chez lui ce mercredi. La journée « ville morte » promet ainsi d’être un test grandeur nature pour une opposition qui cherche à capitaliser sur un mécontentement croissant, entre pouvoir d’achat en berne et crispations politiques.




