Depuis sa démission du gouvernement et la levée de son immunité parlementaire, Constant Mutamba s’efforce de déplacer le projecteur de l’enquête judiciaire vers la sphère politique. Dans une lettre adressée au président de la République, il rejette toute accusation de détournement de fonds et dénonce un complot supposément élaboré depuis Kigali. Mais ces déclarations posent davantage de questions qu’elles n’apportent de réponses.
“Je n’ai pris aucun dollar de l’État”, affirme Mutamba, se présentant en victime de réseaux mafieux infiltrés, animés par l’intention de nuire à son engagement patriotique.
Il évoque, sans preuve publiée à ce jour, plusieurs tentatives d’empoisonnement et d’élimination physique. Il parle d’ennemis de la République et d’un complot ourdi à Kigali visant à affaiblir la réponse congolaise face aux agressions du M23.
Une stratégie d’évitement ?
Mais cette rhétorique soulève le doute. Pourquoi faire appel à des menaces extérieures pour expliquer une enquête centrée sur des faits précis : la disparition présumée de 19 millions de dollars américains alloués à la construction de la prison centrale de Kisangani ?
Aucune des pièces versées au dossier judiciaire — selon des sources proches de l’enquête — ne ferait mention d’un quelconque lien avec Kigali. Aucune preuve tangible n’appuie à ce stade les accusations de complot international. La posture adoptée par l’ancien ministre, à savoir recentrer le débat sur son patriotisme et ses prétendus ennemis invisibles, ressemble à une tentative de politiser l’affaire pour esquiver un examen purement judiciaire.
Une victimisation calculée ?
Certains analystes y voient une stratégie populiste bien rodée : se poser en victime du système pour détourner l’attention des faits matériels. D’autres notent que le choix du timing — une lettre publique au sommet de l’État — vise davantage l’opinion que le juge. Car devant la justice, ce sont les éléments de preuve, non les professions de foi, qui priment.
En attendant, le dossier est entre les mains du parquet, et les faits reprochés sont graves. D’ici peu, c’est une cour et non l’arène politique qui devra trancher entre l’indignation et les éléments concrets.




