Une convocation officielle exige sa présence sous 48 heures, dans un contexte de tensions politiques liées à la sécurité nationale.
Kinshasa, 9 juillet 2025 – Jacques Kyabula, gouverneur de la province du Haut-Katanga, a été convoqué en urgence ce mercredi à Kinshasa par le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Me Jacquemain Shabani. La décision, notifiée via un télégramme officiel signé par le ministre, ordonne à l’autorité provinciale de se présenter dans la capitale sous 48 heures, sans préciser les motifs de cette consultation exceptionnelle.
Une convocation aux motifs implicites
Selon des sources gouvernementales, le télégramme, daté du 8 juillet, exige une « présence immédiate » du gouverneur pour des « consultations impératives relatives à la sécurité nationale ». Bien que le document n’évoque aucun sujet précis, plusieurs observateurs politiques lient cette convocation aux récentes prises de parole de Jacques Kyabula lors d’un meeting politique tenu à Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga.
Des déclarations qui font polémique
Lors de ce rassemblement, le gouverneur s’est exprimé sur le conflit sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), marqué par l’agression rwandaise et les activités de groupes armés. Ses propos, jugés ambigus par des analystes, ont notamment évoqué le rôle de l’ancien président Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, président du mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo (AFC).
« Nous sommes en guerre contre le Rwanda, pas contre les Congolais. Le cas de Kabila et Nangaa, on va le gérer en interne », a déclaré Kyabula, avant d’ajouter : « Les linges sales se lavent en famille. » Ces phrases, interprétées comme un appel à la gestion clanique d’un dossier sécuritaire sensible, auraient suscité l’inquiétude au sein du gouvernement central, soucieux d’éviter toute fragmentation du discours national face à l’ennemi commun.
Un contexte sécuritaire explosif
La convocation intervient dans un climat de tensions accrues entre Kinshasa et Kigali, accusé par les autorités congolaises de soutenir le M23 et d’autres factions rebelles. Les références à Joseph Kabila – dont l’influence reste significative dans le sud-est de la RDC – et à Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale (CENI) devenu chef rebelle, touchent à des dossiers hautement stratégiques.
Pour le politologue congolais Arsène Kabeya, « Kyabula a franchi une ligne rouge en évoquant publiquement des acteurs clivants sans coordination avec Kinshasa. Le gouvernement ne peut tolérer des déclarations susceptibles d’affaiblir l’unité nationale en période de guerre. »
Prochaines étapes
Jacques Kyabula n’a pas encore réagi publiquement à sa convocation. Selon son cabinet, il serait « en route pour Kinshasa » afin de respecter le délai imparti. Les échanges avec Me Jacquemain Shabani, juriste réputé pour son intransigeance sur les questions de sécurité, s’annoncent déterminants pour l’avenir politique du gouverneur.
Cette convocation expresse rappelle la sensibilité des discours provinciaux dans un État en guerre, où la décentralisation doit composer avec les impératifs de cohésion nationale. La suite des événements pourrait influencer l’équilibre des pouvoirs entre le gouvernement central et les exécutifs provinciaux.





