Devant le Parlement réuni en congrès ce lundi 8 décembre 2025, le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a vivement dénoncé la reprise des hostilités dans l’Est du pays, seulement quelques heures après la signature de l’accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda.
Dans une adresse solennelle, le chef de l’État a accusé Kigali d’avoir rompu ses engagements diplomatiques en lançant de nouvelles attaques sur le territoire congolais.
« Violations flagrantes » du cessez-le-feu
Face aux députés et sénateurs, Félix Tshisekedi a déclaré que les Forces de défense du Rwanda (RDF) avaient « conduit et appuyé » des frappes à l’arme lourde depuis la ville rwandaise de Bugarama, provoquant d’importants dégâts humains et matériels dans plusieurs localités du Sud-Kivu.
« Malgré notre bonne foi et l’accord récemment entériné, force est de constater que le Rwanda viole déjà ses engagements », a-t-il affirmé, citant notamment des bombardements à Kaziba, Katogota et Lubarika, en violation claire du cessez-le-feu.
S’appuyant sur les conclusions du groupe d’experts de l’ONU publiées les 23 juin et 19 septembre 2025, le Président a rappelé que les RDF assurent « la direction et le contrôle effectifs » des opérations de l’AFC-M23, engageant directement la responsabilité de l’État rwandais.
Sous les applaudissements nourris du Congrès, Félix Tshisekedi a réaffirmé :
« La RDC privilégiera toujours la voie diplomatique, mais elle ne renoncera jamais à sa souveraineté ni à la sécurité de ses citoyens. »
Une situation explosive au Sud-Kivu
Ce discours intervient alors que les combats se sont intensifiés ce week-end dans la province du Sud-Kivu, malgré la signature de l’accord de Washington.
À Sange, une explosion attribuée à une grenade a causé plus de 30 morts, plongeant la cité dans la consternation.
Parallèlement, un nouveau rapport du Groupe d’experts des Nations unies affirme que plus de 6 000 soldats rwandaisont opéré sur le sol congolais en appui direct aux rebelles de l’AFC-M23.
Sange tombe aux mains des rebelles
Dans la matinée du lundi 8 décembre, la situation s’est brutalement aggravée : la cité de Sange (territoire d’Uvira) est tombée sous le contrôle de l’AFC-M23 après de violents affrontements contre les FARDC, appuyées par des combattants Wazalendo et quelques éléments burundais.
Des combats intenses ont été signalés le long de la RN5 et autour du pont de Sange, mais les forces régulières ont été contraintes de se replier vers Uvira pour éviter un encerclement.
À l’aube, les rebelles ont également pris Luvungi, poursuivant leur offensive en direction d’Uvira, deuxième ville du Sud-Kivu. Une avancée qui inquiète vivement les populations : Sange n’est qu’à une soixantaine de kilomètres de ce centre urbain.
Kinshasa dénonce des bombardements venus du Rwanda
Face à cette nouvelle escalade, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a condamné des tirs d’artillerie provenant de Bugarama, évoquant une « intensification des hostilités de l’armée rwandaise et du M23 », qu’il qualifie de provocation directe envers la médiation américaine et les garants de l’accord.
Selon Kinshasa, plusieurs écoles, centres de santé et habitations ont été détruits dans la plaine de la Ruzizi.
Alors que les rebelles progressent vers Uvira et que des centaines de civils fuient les violences, la plaine de la Ruzizi entre dans une nouvelle phase d’instabilité critique.
Un appel urgent à la communauté internationale
Dans son allocution, le président Tshisekedi a lancé un appel pressant à la communauté internationale, l’exhortant à « prendre ses responsabilités » face à la situation explosive dans l’Est.
« La RDC n’esquivera jamais son devoir de protéger ses populations partout où elles sont menacées », a-t-il conclu.




