Nommé par décret le 23 septembre 2024 comme membre associé étranger, le Dr Denis Mukwege a officiellement fait son entrée ce lundi à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, l’une des cinq institutions composant l’Institut de France.
Un événement de portée internationale, un honneur réservé à une élite intellectuelle et morale, mais qui n’a suscité qu’un faible écho dans son pays natal, la République démocratique du Congo.
Un fauteuil prestigieux, héritier d’une figure mondiale
Le célèbre gynécologue congolais, lauréat du Prix Nobel de la paix 2018, succède à une personnalité historique : Javier Pérez de Cuéllar, ancien secrétaire général des Nations unies.
Cette succession à elle seule souligne la stature morale et l’impact global du « réparateur des femmes » de Panzi.
Pour l’Institut de France, accueillir Denis Mukwege revient à reconnaître non seulement son combat contre les violences sexuelles en zones de conflit, mais aussi son engagement constant pour la dignité humaine et la justice internationale.
Ailleurs, un modèle ; au Congo, un silence assourdissant
Dans de nombreuses nations, confrontées à la crise des valeurs et au manque de repères, une personnalité comme Mukwege serait célébrée, élevée en exemple, intégrée aux programmes scolaires pour inspirer les générations futures.
Mais en RDC, la nouvelle est passée presque inaperçue, comme si la réussite intellectuelle, morale et citoyenne n’avait plus sa place dans l’imaginaire collectif.
Cette indifférence interroge :
comment un pays peut-il se construire lorsque ses plus grands symboles de courage et d’intégrité ne sont ni honorés, ni mis en avant ?
Un contexte national où l’excellence peine à trouver sa place
Dans une société congolaise régulièrement traversée par les crises politiques, les fractures sociales et la méfiance généralisée, l’excellence semble trop souvent dépréciée.
L’idée s’est installée qu’il vaut mieux être puissant que respectable, bruyant que brillant, visible que vertueux.
Le parcours de Denis Mukwege, fait de rigueur scientifique, de courage face aux milices, et d’obstination pour soigner les femmes violées, va à contre-courant des modèles actuellement valorisés dans l’espace public.
Un honneur qui devrait inspirer une introspection nationale
L’entrée du Dr Mukwege à l’Académie des Sciences Morales et Politiques ne concerne pas seulement la France : elle concerne l’humanité, et donc la RDC.
Elle devrait pousser le pays à s’interroger sur la place qu’il réserve à ses bâtisseurs, à ses figures morales, et à ses consciences nationales.
Car si le monde salue Denis Mukwege, le Congo, lui, semble regarder ailleurs.




