La Régie des fourrières et de contrôle technique des véhicules de Kinshasa (RFCK), par la voix de son Directeur général Joseph Kasinzi, a annoncé le calendrier : campagne d’information du 29 septembre au 1er novembre 2025, puis contrôle avec bouclage à partir du 3 novembre. Tous les véhicules qui n’auront pas passé le contrôle seront arrêtés et leurs propriétaires exposés aux sanctions prévues par la loi.
Mais au-delà des formules martiales et des menaces brandies, une question simple s’impose : sommes-nous dans quel pays pour croire qu’on peut, en un mois seulement, faire passer au contrôle technique tous les véhicules d’une mégapole comme Kinshasa ?
Une annonce irréfléchie qui confine à la mise en scène
Cette décision ressemble davantage à une opération de communication brutale qu’à une politique publique réfléchie. Mettre la pression par la menace — « arrêtés », « sanctions » — ne remplace pas une organisation, des moyens et une planification sérieuse. Sans moyens supplémentaires, sans augmentation massive des capacités de contrôle, sans centres de contrôle mobiles, ni renforts humains et logistiques, l’échéance du 3 novembre ne peut produire qu’un désastre opérationnel et social :
- Files interminables et encombrement : imaginer que des milliers de véhicules peuvent faire la queue et être inspectés en quelques jours, c’est ignorer la réalité du trafic kinoise et le manque d’infrastructures adaptées.
- Risque d’arbitraire et de corruption : quand la pression est maximale, les contrôles deviennent un terrain fertile pour les tracasseries, les amendes injustifiées et les rackets.
- Impact économique : immobiliser massivement des véhicules sans alternatives perturbera le transport, le commerce informel et la vie quotidienne de centaines de milliers de familles.
- Sécurité faible : un contrôle sommaire imposé par le calendrier peut laisser circuler des véhicules dangereux parce que l’on aura privilégié la vitesse sur la qualité de l’inspection.
On confond vitesse et efficacité
Un bon contrôle technique exige : locaux adaptés, équipes formées, procédure transparente, inventaire des équipements à remplacer, planification sectorielle (transport public, camions, taxis, particuliers), et une campagne d’information ciblée. On ne réduit pas ces étapes sérieuses à une date butoir et à une menace généralisée. Ce n’est pas de la fermeté ; c’est de l’improvisation qui va créer plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Ce que demandent les Kinois responsables
Les automobilistes et professionnels du transport ont le droit d’exiger :
- Un calendrier réaliste et progressif, par catégories de véhicules et par communes.
- Des centres de contrôle supplémentaires et des contrôles mobiles dans les communes périphériques.
- Une période de grâce et d’accompagnement (informations, facilités de réparation, tarifs clairs).
- Des garanties de transparence : procédures publiées, recours clairs contre les abus, supervision indépendante.
- Consultation des acteurs : syndicats de transport, chauffeurs, associations d’automobilistes et communes.
Conclusion — Retrait ou revue urgente du calendrier
Si l’objectif est réel — améliorer la sécurité routière et mettre la circulation en ordre — alors il faut le faire sérieusement, pas en jouant au juge et au bourreau. La population n’acceptera pas d’être sacrifiée sur l’autel d’une opération médiatique mal préparée. Le DG Kasinzi et les autorités provinciales doivent revoir immédiatement ce calendrier et présenter un plan concret, chiffré et concerté. À défaut, cette « campagne » risque d’être retenue comme une des nombreuses décisions publiques prises sans réflexion et sans respect des réalités kinoises.




