Alors que les tensions avec le Rwanda persistent malgré les négociations de Washington, la République Démocratique du Congo (RDC) maintient une coopération militaire étroite avec l’Ouganda, pourtant soupçonné de soutenir tacitement la rébellion du M23. Une alliance paradoxale qui s’explique par des intérêts sécuritaires et économiques cruciaux pour Kinshasa.
Une coopération militaire contre les FDA
Le 20 juin, les chefs d’état-major congolais et ougandais ont signé un accord pour poursuivre l’opération Shujaa, ciblant les Forces Démocratiques Alliées (FDA) dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Le lendemain, le président Félix Tshisekedi recevait le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président ougandais Yoweri Museveni, confirmant ainsi le maintien de ce partenariat controversé.
Selon les analystes, cette collaboration permet à la RDC de limiter l’expansion du M23 dans les zones où l’armée ougandaise est déployée. « Le M23 ne peut avancer là où Kampala opère, car ses chefs ont des liens étroits avec Museveni », explique Etienne Kasereka, spécialiste des conflits dans les Grands Lacs. Une manière pour Tshisekedi de verrouiller stratégiquement certains fronts.
Routes et économie : l’autre versant de l’alliance
Au-delà de la sécurité, les deux pays partagent des projets structurants, comme la construction de la route transafricaine Mpondwe-Kasindi-Beni-Goma, financée par l’Ouganda. Ces infrastructures visent à désenclaver l’Est congolais et faciliter les échanges commerciaux, tout en permettant à Kampala d’accéder aux ressources naturelles de la RDC.
Les limites de la manœuvre congolaise
Malgré ces avantages, Kinshasa ne peut se permettre d’opposer frontalement l’Ouganda au Rwanda, tant les deux pays sont liés par des alliances historiques et claniques. Le tweet du général Muhoozi, qualifiant Paul Kagame d’« oncle » après sa visite en RDC, en est une illustration frappante.
Par ailleurs, les déclarations hostiles du général ougandais contre les milices Wazalendo (alliées des FARDC) et le gouverneur de l’Ituri montrent les tensions sous-jacentes. « Kampala ne combattra jamais le M23, dont les revendications sont soutenues discrètement par Museveni », souligne un observateur politique.
Conclusion : un équilibre fragile
Si la RDC tire profit de cette coopération pour stabiliser partiellement l’Est et développer ses infrastructures, elle reste tributaire des jeux d’influence entre Kigali et Kampala. La solution durable passera moins par les alliances militaires que par une véritable réforme de la gouvernance locale et une intégration économique régionale équitable.
Par La Rédaction




