Tribune critique
Il a claqué la porte.
Fier. Droit. Face aux caméras.
Ghislain Mwanji Kay,
jeune loup pressé de s’émanciper,
a dénoncé sans trembler
« des désaccords insurmontables » avec son mentor Jean-Marc Kabund.
Mais derrière la posture du résistant,
que cache ce brusque volte-face ?
Il dit être parti sans regret,
fort de ses convictions.
Mais que vaut cette loyauté brandie à retardement,
lorsqu’elle éclot soudain,
à la veille des grandes manœuvres électorales ?
Il parle de malaise, de dérive égoïste.
Et pourtant, ce même parti,
il l’a porté, dit-il,
lorsque Kabund était en disgrâce.
Pourquoi alors se draper aujourd’hui
dans les habits du redresseur de torts ?
Pourquoi ne pas avoir tiré la sonnette d’alarme plus tôt ?
Par crainte, par calcul, ou par appétit ?
AVANCE, son nouveau bébé politique,
se veut l’« Alliance des valeurs ».
Mais quelle valeur reste-t-il à une rupture
qui épouse si parfaitement
la trajectoire du vent dominant ?
Mwanji Kay, naguère dans l’ombre d’un opposant radical,
se retrouve soudainement
dans les bons papiers du pouvoir,
reprenant à son compte les accents du Chef de l’État
et saluant même la main tendue d’un Fayulu
qu’il ignorait hier encore.
Il parle d’un Congo à rebâtir,
d’un mouvement progressiste,
de catalyseur d’idées.
Mais n’est-ce pas là
le vocabulaire usé de chaque nouveau venu
en quête de sièges, de tribunes, de micros ?
Il appelle à la mobilisation.
Soit. Mais autour de quoi,
sinon de sa propre ambition ?
La République a besoin de vérité,
pas de carrières bâties sur des frustrations personnelles.
L’heure est grave, certes,
mais elle exige des bâtisseurs constants,
pas des passagers du moment,
pressés de se faire un nom
en crachant sur le tremplin d’hier.
Ghislain Mwanji Kay avance, oui.
Mais vers quoi, et surtout,
au service de qui ?
Le peuple n’est plus dupe.
Et l’histoire, elle,
ne s’écrit pas avec des slogans recyclés.





