Patrick Nkanga, acteur avisé et avéré de la scène politique congolaise, de surcroît membre du bureau politique du PPRD, tire la sonnette d’alarme face à un phénomène qu’il juge alarmant : la « surmilitarisation » des ministres et autres personnalités publiques. Dans une tribune virulente, il compare la sobriété des dirigeants d’antan à l’ostentation des ministres actuels, dénonçant les abus de pouvoir et les dérives sécuritaires qui gangrènent Kinshasa.
UN CONTRASTE SAISISSANT ENTRE HIER ET AUJOURD’HUI
Patrick Nkanga évoque avec nostalgie l’époque où son père, nommé ministre en 1992, se contentait d’un véhicule de fonction modeste, d’un chauffeur et d’un seul garde du corps.
Il souligne l’humilité de son père, qui préférait conduire lui-même, loin des cortèges pompeux et des gardes du corps surarmés.
Aujourd’hui, le constat est amer. « Ce qui me choque, c’est la « surmilitarisation » à Kinshasa, l’excès des cortèges, des militaires excessivement armés, parfois pas formés, zélés, protégeant parfois des gens n’ayant ni titre ni qualité », s’indigne-t-il.
Il dénonce également l’abus de pouvoir de certains directeurs généraux qui s’octroient des cortèges protégés par la Garde Républicaine, une pratique qu’il qualifie d' »ahurissante ».
DES DÉRIVES SÉCURITAIRES DANGEREUSES
Au-delà de l’aspect ostentatoire, Patrick Nkanga s’inquiète des dérives sécuritaires qui découlent de cette « surmilitarisation ».
Il souligne le manque de professionnalisme de certains gardes du corps, qui confondent protection et violence.
« Un garde du corps bien formé vaut 10 gardes mal formés qui, pour la plupart, pensent que la protection va de pair avec la violence et parfois le manque de courtoisie », affirme-t-il.
Il dénonce également la prolifération des cortèges illégaux à Kinshasa, qui contribuent au chaos ambiant et mettent en danger la population. « Il y a trop, alors trop de cortèges illégaux à Kinshasa.
Il faut mettre fin à cela au plus vite », martèle-t-il.
UN APPEL À UN ÉTAT SÉRIEUX ET RESPONSABLE
Patrick Nkanga appelle à une prise de conscience collective et à une action urgente pour rétablir l’ordre et la justice.
« Être dépositaire du pouvoir de l’État ne fait pas de vous un super citoyen.
Vous n’êtes qu’un serviteur de la communauté », rappelle-t-il.
Il plaide pour un État qui respecte les normes et qui met fin au désordre ambiant. Il propose de limiter les cortèges aux ministères régaliens et de réglementer strictement leur composition. « Que ceux qui ont la charge de mettre de l’ordre dans ce secteur, le fassent au plus vite », exhorte-t-il.
UN HOMMAGE POIGNANT AU BRIGADIER FISTON KABEYA
Patrick Nkanga conclut sa tribune en rendant hommage au brigadier Fiston Kabeya, victime d’un accident tragique.
« Que la mort tragique, injustifiée et affligeante, du brigadier Fiston Kabeya, nous interpelle profondément afin que l’on rectifie le tir sur le désordre qui a élu domicile à Kinshasa », déclare-t-il.
Il exprime sa tristesse face à un État qui se détruit lui-même, rappelant que les policiers sont les représentants de l’autorité de l’État.
« C’est triste que l’État tue l’État ! », déplore-t-il.
La mise au point de Patrick Nkanga dénonce un problème grave d’abus de pouvoir et d’impunité en RDC, et appelle à une action urgente pour rétablir l’ordre et la justice.
David MUTEBA KADIMA/Les Points Saillants