La tension entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila ne cesse de s’intensifier, au moment où la République Démocratique du Congo (RDC) fait face à une escalade de violence dans l’Est du pays. Au cœur de cette querelle, les accusations portées par Tshisekedi contre Kabila, qu’il soupçonne d’être derrière l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), une plateforme politico-militaire incluant les rebelles du M23.
Tshisekedi accuse Kabila d’être derrière l’AFC
En août 2024, lors d’une interview à Top Congo, le président Félix Tshisekedi avait accusé Joseph Kabila de « préparer une insurrection » à travers l’AFC. Il a réitéré ces allégations en février 2025 à Munich, lors d’une conférence sur la sécurité internationale, affirmant que l’ancien chef d’État était le véritable parrain de l’AFC.
Ces accusations interviennent dans un contexte particulièrement tendu, alors que le M23, soutenu par le Rwanda, a pris le contrôle de Goma et, quelques semaines plus tard, de Bukavu, marquant l’expansion la plus importante du groupe rebelle depuis la reprise de son insurrection en 2021.
Joseph Kabila riposte depuis l’Afrique du Sud
Le mardi 17 mars 2025, Joseph Kabila a choisi de répondre à son successeur depuis Johannesburg, à l’issue d’un entretien avec l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Devant la presse, il s’est moqué des accusations de Tshisekedi :
« Ces accusations sont tout simplement infondées. La prochaine fois que vous le verrez, demandez-lui de vous fournir les preuves de ses dires. »
Allant plus loin, Kabila a renversé la charge sur Tshisekedi :
« Je crois que le problème au Congo est le président Félix, la solution est le président Félix. »
Une déclaration qui coïncide avec l’échec du dialogue direct prévu à Luanda entre le gouvernement congolais et l’AFC-M23, annulé au dernier moment.
Un duel politique qui s’intensifie
Depuis son retour sur la scène médiatique en février 2025, Kabila se positionne comme un observateur critique du régime de Kinshasa. Dans une tribune publiée par un journal sud-africain, il avait déjà attaqué Tshisekedi, l’accusant de mauvaise gouvernance et de violation du pacte républicain de 2006, qui avait permis de mettre fin à la guerre de 1998-2000.
Quelques jours plus tard, dans un entretien avec la presse namibienne, il a proposé un schéma alternatif pour la paix, plaidant pour une approche globale et rejetant une solution strictement militaire. Il a appelé au départ de toutes les forces étrangères du sol congolais, estimant que les Congolais devaient d’abord se parler entre eux.
Kabila critique l’exclusion des Congolais du processus de paix
Opposé à l’idée de pourparlers directs entre Kinshasa et l’AFC-M23, l’ancien président a insisté sur la nécessité d’une véritable concertation nationale. Il a dénoncé l’omniprésence des acteurs étrangers dans la gestion du conflit, déclarant :
« Tout le monde parle du Congo, sauf les Congolais. Si vous allez à Nairobi, vous voyez que les gens parlent du Congo. Si vous allez en Afrique du Sud, les gens parlent du Congo, mais les Congolais eux-mêmes semblent ignorés. »
Vers une confrontation politique ?
Alors que la guerre à l’Est du pays continue de faire rage, le duel médiatique entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pourrait bien se transformer en un affrontement politique de premier plan. Ces échanges tendus entre l’actuel et l’ancien président reflètent non seulement une fracture au sein de la classe politique congolaise, mais aussi une lutte d’influence pour le leadership national, alors que la RDC cherche désespérément une solution durable à son instabilité sécuritaire.